OpenCar s’appuie depuis quelque temps sur un réseau de parrains qui nous soutiennent. Ils font de l’entrepreneuriat, du sport, sont directeurs d’universités, … Aujourd’hui, nous sommes partis voir David Smetanine, nageur multi-médaillé paralympique, de retour des Jeux Paralympiques de Rio 2016.

 

Salut David, ravi de te revoir à la suite des Jeux Paralympiques de Rio 2016 au cours desquels tu nous as ramenés une belle médaille d’argent. Nous allons revenir sur tout ça ensemble et tu vas pouvoir nous donner quelques frissons sur tout ce que tu as vécu en ce mois de Septembre 2016.

Revenons-en au départ, peux-tu te présenter rapidement pour nos lecteurs assidus ?

Bonjour à tous, je suis David Smetanine, je suis nageur en équipe de France paralympique depuis 2004 officiellement mais je suis athlète de haut niveau depuis 2002, et ma première sélection pour les Championnats du Monde à Mar Del Plata (Argentine).

David Smetanine, athlète grenoblois 9 neuf fois médaillés paralympiques

David Smetanine, athlète grenoblois 9 neuf fois médaillés paralympiques

Athènes 2004 a été mon point de départ, premiers jeux et premières médailles paralympiques, puis Pékin 2008 avec 4 médailles (2 d’or et 2 d’argent), la première médaille d’or de la délégation française paralympique en 100 mètres nage libre, Londres 2012 avec 3 médailles et Rio 2016 pour mes quatrièmes Jeux Paralympiques avec une médaille d’argent en 50 mètres nage libre. J’ai malheureusement raté une belle médaille de bronze sur 100 mètres le premier jour, pour un centième.

L’histoire retiendra cette médaille d’argent mais je pourrai raconter longtemps qu’il m’a manqué un centième pour cette nouvelle médaille, qui est le plus petit écart qui existe dans la natation actuelle. Ça fait un total de neuf médailles paralympiques pour l’instant sur 4 Jeux, 11 médailles aux Championnats du Monde (or, bronze et argent confondues), 11 médailles aux Championnats d’Europe et le record national de titres nationaux avec 143 médailles  (Elite et N1-N2).

« Ca fait un total de neuf médailles paralympiques pour l’instant sur 4 Jeux, 11 médailles aux Championnats du Monde (or, bronze et argent confondues), 11 médailles aux Championnats d’Europe et le record national de titres nationaux avec 143 médailles »

 

Un palmarès incroyable et unique en France, mais avant tout ça beaucoup de travail et de persévérance, peux-tu revenir sur ton enfance et ton adolescence, puis l’accident ?

J’ai eu une enfance basée sur l’éducation par le sport, mes parents m’ont toujours poussé à faire du sport, parce que l’éducation par le sport apporte des valeurs qui sont très fortes, des valeurs de partage, de respect de l’adversaire, des valeurs de communion, puis en même temps de dépassement de soi, et d’abnégation à un moment donné. C’est un équilibre assez incroyable, nécessaire dans l’apprentissage de la vie. J’encourage clairement les gens à faire du sport pour leur bien-être physique mais également pour leur bien-être intellectuel.

« L’éducation par le sport apporte des valeurs qui sont très fortes »

 

Donc passionné de sport, de judo petit, et pourquoi la natation ensuite ?

Oui, parce que j’ai toujours été dans l’eau, j’ai toujours aimé l’eau en fait, et puis à force d’être entouré de nageurs, je passais du temps et du temps à la piscine et à un moment donné, on a envie de s’y mettre vraiment. Donc dix ans de judo jusqu’à l’âge de 16 ans et l’envie de changer un petit peu.

C’est un changement qui a été salvateur parce qu’en 1995, je suis victime d’un accident de voiture et le fait de reprendre la natation plus comme une activité plus thérapeutique dans un premier temps (kinésithérapie) m’a vraiment permis de pouvoir retrouver un équilibre, quelque chose auquel je pouvais me raccrocher, quelque chose que je connaissais bien, puisque je faisais de la compétition déjà.

La natation m’a non seulement « sauvé » de mon accident puisque j’avais un corps sain (« je ne bois pas, je ne fume pas, j’étais sportif »), et donc l’eau a été un environnement qui a été extrêmement bon pour ma rééducation.

« La natation comme une activité plus THERAPEUTIQUE m’a vraiment permis de pouvoir retrouver un équilibre, quelque chose auquel je pouvais me raccrocher »

 

Le fait d’être piqué à mon propre jeu, de pouvoir reprendre le sport comme une vraie passion, comme une activité à plein temps, j’ai commencé à faire des longueurs en rééducation dans un petit bassin de 16 mètres à 32-33° qui servaient pour la rééducation des jambes qui étaient fracturées ou autres. Ça a été une nouvelle découverte de ce sport et un ré-apprentissage de la natation. J’ai pu reprendre ce parcours de sportif qui m’avait tant animé et séduit quand j’étais petit. Et le rêve d’être un jour champion olympique s’est transformé en un rêve d’être un jour champion paralympique.

« Et le rêve d’être un jour champion olympique s’est transformé en UN rêve d’être un jour champion paralympique. »

 

Entre l’accident et ma première médaille aux Championnats de France, il y a eu un an. J’ai vraiment commencé à me ré-entraîner sérieusement à partir de 1997, avec un entrainement quotidien, et ça dure depuis l’heure. Mon premier titre arrive ensuite en 2002, après avoir été X fois médaillés d’argent derrière un certain Pascal Pinard, qui était à l’époque le numéro 1 de ma catégorie, et je ne pouvais pas rivaliser. J’étais à la bonne école avec quelqu’un qui était vraiment fort et qui m’a appris beaucoup. Ce premier titre, ça a été l’approche sportive de la nouvelle génération, j’ai été le successeur de Pascal puis j’ai enchaîné les titres. En 2003, j’ai ensuite eu ma première médaille internationale en Coupe d’Europe en République Tchèque.

 

 Seulement 6 ans après ton accident, tu es champion de France…

6 ans c’est court et long. Il y a plusieurs choses à prendre en compte : j’étais en avant tout un sportif de « bon niveau » avant mon accident, puisque je nageais à un niveau national en natation valide, je m’entraînais beaucoup donc je suis arrivé à la natation handisport avec des atouts techniques, j’ai ré-appris à nager différemment, parce qu’il me manquait les jambes derrière. Je n’ai pas de propulsion sur les jambes, j’ai un équilibre et une position intéressants dans l’eau mais je n’ai pas de propulsion donc pas de battements de jambes, ni de poussées sur le mur. Il fallait être beaucoup plus efficace, sachant que j’étais brasseur et pas vraiment nageur de crawl. Mais l’entrainement régulier a vite donné des résultats.

« J’ai ré-appris à nager différemment, parce qu’il me manquait les jambes derrière »

 

Ce sont aussi 6 années où j’ai passé une quinzaine d’heures par semaine à l’entraînement. Je m’entraînais au départ 3-4 fois par semaine, et à partir de 1998, très rapidement, je me suis mis à nager tous les jours donc dès lors qu’on arrive à accepter un rythme d’entrainement vraiment soutenu, on est en droit au bout de 5 ans d’espérer des résultats. Cette technique que j’avais en tant que nageur m’a permis de rattraper ce manque à gagner par rapport aux nageurs dont le handicap est considéré comme acquis comme congénital et qui ont donc toujours appris à nager avec ce handicap.

 

Tu reviens juste de Rio, raconte nous cela…

David avec sa neuvième médaille paralympique (05/10/2016 à Grenoble)

David avec sa neuvième médaille paralympique (05/10/2016 à Grenoble)

Les Jeux se sont extrêmement bien passés puisqu’ils se déroulaient dans un pays qui est extrêmement chaleureux. Une compétition qui a été vraiment réussie, beaucoup de monde dans les tribunes, beaucoup de monde présents. Le Brésil a fait un vrai effort pour que le public puisse découvrir le monde paralympique, notamment avec des prix beaucoup plus accessibles. Un pays très accueillant, un joli village paralympique mais pour autant quelques anomalies et finitions à revoir, une très bonne ambiance et une ferveur populaire dans un pays où on aime le sport aussi donc quelque chose d’assez intéressant à vivre.

La natation a vraiment accueilli beaucoup de monde, autant qu’on pouvait l’espérer au regard des Jeux de Londres 2012. 14 000 personnes quasiment tous les jours, la piscine était toujours pleine pour les finales et c’était vraiment top à voir.

« 14 000 personnes quasiment tous les jours, la piscine était toujours pleine pour les finales et c’était vraiment top à voir »

 

Je n’ai pas eu un avant goût de la dimension festive et de l’engouement populaire de ce pays pour la natation qu’avant la dernière course (pas de Brésiliens en finale sur les 2 premières courses). Comme par hasard, le dernier jour, sur le 50 mètres NL, il y avait un brésilien de qualifié, et qui entre dans la piscine 2 nageurs avant moi : une émotion incroyable, on avait l’impression que c’était Ronaldo qui entrait dans la piscine, c’était complètement dingue, des cris dans tous les sens, une acclamation comme si c’était un stade de foot et qu’il y avait un brésilien qui entrait sur le stade. Quand on sait que le football est quelque chose de très populaire au Brésil, on imagine ce que c’était. C’est un peu surprenant au départ, mais finalement je m’en suis servi, je me le suis approprié pour me dire « il y a du monde, tu es soutenu », l’ambiance est très important aux Jeux, ça aide beaucoup, une ambiance bien particulière finalement.

« Une émotion incroyable, on avait l’impression que c’était Ronaldo qui entrait dans la piscine. »

 

Finalement, une médaille pour toi au retour de ces Jeux Paralympiques, une grande fierté avec cette 9ème médaille ou une légère déception ?

David, deuxième sur 50 mètres nage libre à Rio

David, deuxième sur 50 mètres nage libre à Rio

L’objectif c’était de pouvoir ramener 3 médailles sur 3 courses, je me disais que c’était possible mais d’une manière plus réaliste, j’ai ensuite réalisé que deux médailles était vraiment l’objectif espéré. Il m’a d’ailleurs manqué un centième le premier jour sur 100 mètres. C’était vraiment frustrant parce que j’avais vraiment fait le travail le matin et en finale, je savais qu’il fallait nager vite pour espérer faire un podium. C’est un coup de malchance incroyable, c’est minime, c’est imperceptible à l’œil,  mais c’est aussi le sport et il faut faire avec.

Ça n’a pas été évident, j’aurais pu commencer les Jeux en faisant une médaille dès le premier jour et être libéré d’une pression quelque part aussi. On a toujours envie de faire tellement bien aux Jeux qu’on a toujours une petite pression qui existe mais finalement il a fallu attendre le dernier jour.

« L’objectif c’était de pouvoir ramener 3 médailles sur 3 courses »

 

A cause d’un accident en 2013 et plus précisément d’une fracture de la hanche, j’ai manqué un peu de foncier sur 200 mètres, et cette course m’a posé un peu plus de problème mais je suis satisfait de mes chronos tout de même.

Le 50 mètres, c’était ma dernière, il ne fallait pas la rater !

 

Comment étais-tu moralement après ces deux premières finales (100 et 200 mètres nage libre) sans médaille ?

Comme je le disais, on a toujours un peu d’amertume parce que un centième, c’est très difficile le premier jour et le calendrier sportif pour moi était bon, mes courses étaient assez espacées pour récupérer entre chaque épreuve. Commencer avec une médaille aurait été fantastique, ça m’aurait libéré l’esprit, donc bien sûr que ça a été difficile moralement et qu’il a fallu vraiment rester concentré, se remobiliser à chaque fois. Je me disais : « on fera le bilan une fois les Jeux terminés, et pas avant ! », sinon on grille ses chances de médailles. C’est aussi la capacité d’un sportif de haut niveau de rester concentré, et réunir toutes les ressources possibles pour performer le dernier jour. J’ai pris une demi-journée pour me détendre, pour aller voir les copains jouer au tennis, pour respirer un peu.

« Commencer avec une médaille aurait été fantastique »

 

Un mot sur l’ambiance avec l’équipe de France paralympique ?

L’ambiance générale de l’équipe de France a été bonne, on a été soudés entre nous. En natation, on était un petit groupe (6 athlètes), et c’est difficile d’être très forts à 6. C’est difficile que le noyau dure de l’équipe de France soit toujours ensemble parce qu’on ne nage pas tous le même jour, donc on est concentrés et on se repose en fonction des séries et des finales. C’était particulier. On ne pouvait donc pas avoir une dynamique comme celle de l’Angleterre qui avait 35-40 nageurs.

Aurélie Lorandi, médaillé de bronze sur 400 mètres à Rio 2016

Elodie Lorandi, médaillé de bronze sur 400 mètres à Rio 2016

J’ai  pour autant eu quelques échanges regards motivants avec Elodie Lorandi, qui était notre capitaine à Rio et qui est quelqu’un que j’apprécie également beaucoup ; des regards qui en disent longs parfois et qui motivent ou nous remobilisent à fond et bien sûr des petits mots de soutien de tout le staff. Mon coach en équipe de France, Régis Gautier (entraîneur d’Elodie), a aussi trouvé les mots avant chaque course en chambre d’appel pour me recadrer vraiment sur ce à quoi je devais penser et ce que je devais réaliser.

« Des regards qui en disent longs PARFOIS ET QUI MOTIVENT OU NOUS REMOBILISENT A FOND ! »

 

De belles performances également de l’équipe de France paralympique..

Marie-Amélie Le Fur, double championne paralympique sur 100 mètres et en longueur à Rio

Marie-Amélie Le Fur, double championne paralympique sur 100 mètres et en longueur à Rio

Oui, de très belles performances en Athlétisme par exemple avec Marie-Amélie Le Fur, qui nous fait 2 belles médailles d’or. Elle commence sur une épreuve qui est un peu la roulette russe parce qu’elle a été blessée à un moment donné. Je crois que le fait d’arriver sans pression l’a aidée à bien sauter en longueur, et elle bat le record du monde (le sien). Commencer par une médaille d’or, c’est forcément top ! C’est important de comprendre que les compteurs sont toujours remis à zéro aux Jeux, il faut vraiment tout reprouver et que toutes les finales aux Jeux sont particulières, tout est possible.

« Il faut vraiment tout reprouver et toutes les finales aux Jeux sont particulières, tout est possible »

 

L’image et l’énergie qu’a offerts Sandrine Martinez ont également été importants. C’est une fille qui est déficiente visuelle et qui s’était cassée la cheville à Londres, mais qui avait fini le combat avec une cheville cassée, c’était exceptionnel. Elle était sortie du tatami en pleurant et frustrée de ne pas pouvoir défendre ses chances de médailles. Elle a eu sa revanche à Rio, en allant de façon assez expéditive, comme l’avait fait Teddy Riner aux Jeux Olympiques. Elle est arrivée très rapidement sur les demi-finales et sur la Finale. Cette fois-ci, la combativité et ce qu’elle a su mettre en place pour aller chercher l’or l’a clairement vengé de cette blessure de 2012. Ça a donné beaucoup de punch, beaucoup de motivation, en se disant qu’elle est partie au combat comme une judokate, pour aller chercher sa médaille. Tout ça a donné un résultat fantastique. Moi qui suis proche de Sandrine, ça m’a aussi motivé !

Maxime, médaillé de bronze en tennis de table

Maxime Thomas, médaillé de bronze en tennis de table

Le tennis de table, on peut en parler aussi, parce qu’ils ont vraiment bien marché, parfois dans des situations un peu critiques, comme Maxime Thomas qui tombe en demi-finale et qui joue sa médaille de bronze face au Champion du Monde. De façon très très propre et très clair finalement, il gagne 3 sets à 0, donc ce sont des choses qui ont réussi à nous motiver, des choses qui nous font dire « ils ont réussi à se surpasser, il faut qu’on fasse pareil ».

 

« Des choses qui nous font dire « ils ont réussi à se surpasser, il faut qu’on fasse pareil ».

 

Les médias ont beaucoup suivi Théo Curin, cet incroyable nageur de 16ans, multi-amputé..

Oui, c’était assez particulier mais on l’a vécu sereinement parce que c’est la nouvelle génération qui progresse, qui pousse, et il est doué, il a envie. Mais c’était un peu à double tranchant parce qu’on en faisait un peu trop peut-être, alors qu’il n’y avait pas forcément de résultats sportifs au bout, et que ce ne sont que ses premiers Jeux.

Théo Curin, nageur paralympique de 16 ans !

Théo Curin, nageur paralympique de 16 ans !

Ça aurait pu vite aussi le noyer dans un contexte médiatique un peu trop fort. Quand on est jeune, on a besoin d’ « avoir faim » comme on dit, c’est le niveau sportif qui veut ça, et en fait cet engouement médiatique pour ce jeune nageur, aurait pu être perçu de deux façons différentes.

Pour la première, c’était bien parce qu’on s’intéresse à lui et il le mérite. Mais pour la deuxième : « Attention, vous êtes entrain d’en faire une super-star alors qu’il n’est non seulement pas encore médaillé mais au tout début de sa carrière. Il ne s’agirait pas de tout lui donner alors qu’il n’est pas encore sur le podium. La route est longue encore et parce qu’il a des adversaires costauds dans sa catégorie, il lui faut encore du travail, de l’expérience. Mais nul doute que les compétitions internationales feront de lui un grand champion. »

Le booster au premier plan de la scène médiatique, c’était peut-être un peu risqué pour ses premiers Jeux.

« C’est la nouvelle génération qui progresse, qui pousse, et il est doué »

 

Donc pas évident mais forcément un plaisir et un honneur pour lui de pouvoir être propulsé comme cela sur la scène médiatique.

 

Quel ressenti par rapport à la couverture médiatique de ces Jeux Paralympiques ?

Il y a eu un travail de fond qui a été fait par France Télévisions, je les en remercie et je les félicite. On a eu une couverture médiatique de qualité, comme jamais on n’en avait eu donc forcément c’est un vrai plus ! Il faut souligner le travail de fond qui a été fait par les médias dans l’ensemble, et particulièrement France Télévisions avec qui j’ai travaillé lors des Jeux Paralympiques de Sotchi en tant que consultant sportif. Il y a également eu le relais d’autres médias comme TF1 via leur blog et d’autres journalistes aussi, la presse écrite et je n’oublierai pas, BlogHandicap.com, avec notre cher Thomas.

On aimerait que ça se passe encore mieux pour la presse écrite, L’Equipe n’a pas fait grand-chose et je trouve cela vraiment dommage que le premier quotidien de Sport, lu par tellement de personnes, n’ait pas pu poster quelques photos, quelques articles sur les Jeux Paralympiques. Mais c’est comme ça et on doit faire avec. Je pense qu’il y a une politique interne à L’Equipe qui vise à mettre au premier plan, le football et le rugby. Je pense que quand on a, comme aux Jeux Olympiques, des grands champions qui ont des bons résultats, on peut consacrer quelques lignes à ces Jeux aussi.

Prendre une page pour les Jeux Paralympiques avec quelques brèves notamment lorsqu’il y a des médailles, c’était la moindre des choses il me semble.

« L’Equipe n’a pas fait grand-chose et je trouve cela vraiment dommage (pour) le premier quotidien de Sport »

 

Il faut vraiment, qu’à un moment donné, les médias fassent le travail, c’est aujourd’hui leur devoir de propulser l’information sportive. Quand on voit le nombre de lecteurs, c’est vraiment important !

Le relais média a quand même été meilleur qu’il y a 4 ans, qu’il y a 8 ans, … meilleur que jamais ! Il faut simplement encourager les journalistes à s’intéresser encore plus aux Jeux Paralympiques, parce que, même Thomas Bach (président du Comité International Olympique) l’a évoqué en rappelant que les prochaines villes organisatrices devront savoir organiser un projet complet, revalorisant ainsi les Jeux Paralympiques, qu’on sente moins cette scissure entre le monde Olympique et le monde Paralympique.

« le relais média a quand MÊME ÉtÉ meilleur qu’il y a 4 ans, QU’il y a 8 ans,… meilleur que jamais ! »

 

Comment cela pourrait-il se mettre en place ?  

La flamme olympique à Rio

La flamme olympique à Rio

Ça passe par un suivi plus fort des compétitions, par plus de médias encore, moins de temps d’attente entre les JO et les Jeux Paralympiques. Ca passe par peut-être des témoignages ou des relais symboliques. On a pensé avec d’autres sportifs français comme Ladji Doucouré, et suggéré que si Paris gagnait les Jeux en 2024, il n’y ait pas une flamme qui s’éteigne et qui se rallume, mais qu’on allume une deuxième vasque (la flamme paralympique) avant que la première ne s’éteigne. Il faut un vrai lien entre la flamme Olympique et la flamme Paralympique, pas qu’on éteigne et qu’on la rallume, on a l’impression qu’on a terminé des Jeux et qu’on en recommence d’autres. C’est la flamme, elle vient du même endroit et c’est important qu’il y ait une continuité là-dedans. Ça pourrait être un beau lien. Il faut que le projet soit aussi fort devant la population et devant les médias, pour les Jeux Paralympiques que pour les JO, qu’on ait les mêmes moyens.

« C’est la flamme, elle vient du même endroit et c’est important qu’il y ait une continuité là-dedans. »

 

La France revient de Rio avec 28 médailles, bonne ou mauvaise moisson ?

On n’a pas un retour satisfaisant. La France se classe 12ème nation mondiale, ce n’est pas bon ! Il est grand temps que la France prenne conscience qu’il faut que la culture sportive soit meilleure, soit insufflée dès le plus jeune âge, dès l’école, … C’est un vecteur d’éducation, une éducation populaire, pleine de valeurs, de partage, de respect, de dépassement de soi. Tout ce qui concerne ce monde passe par là. Dans la politique, dans l’économie, il faut être capable de tenir la route, d’être féroce, d’être au combat tout le temps, fort mentalement pour gagner des combats, que ce soit des combats marketing, financiers, sportifs, peu importe. Je crois vraiment qu’on a un vrai déficit si on parle de culture sportive, elle n’est pas aussi forte que dans d’autres pays comme l’Allemagne et l’Angleterre, dont les athlètes ont gagné plus de 140 médailles ! Voire même encore l’Ukraine avec 117 médailles.

« La France se classe 12ème nation mondiale, ce n’est pas bon ! »

 

La prise en compte du sport chez eux, depuis tellement longtemps, fait la différence. Dès le plus jeune âge, il y a une notion d’appartenance, de fierté d’appartenance au mouvement sportif, à l’école parce qu’on performe et on gagne pour l’école, et on est fiers de ça. Tout ça s’enchaîne, l’école, l’université, les clubs … Les sportifs en club n’en deviennent donc que plus forts.

 

Paris 2024 est-il prêt pour former sa jeunesse comme Londres 2012 a réussi à le faire ?

Londres 2012 est bien sûr une génération qui a servi, qui a permis de booster encore plus la question paralympique. La question paralympique n’a jamais été mise entre parenthèses, le monde paralympique a été redécouvert,  a encore été propulsé en avant alors qu’il était déjà fort. Au-delà de ça, il a été boosté, il a été revalorisé, soutenu, tant moralement que financièrement par les autorités anglaises. Le budget de l’équipe anglaise est sans mesure par rapport au budget français, on rajoute un « 0 » derrière. Il n’y a pas de possibilité de comparer, on ne peut pas espérer les mêmes résultats quand on a un budget qui est 10 fois moins élevé. Dès lors, les athlètes paralympiques sont devenus de vraies superstars auprès de qui on investit et pour qui on met les moyens humains et financiers. Il y a une approche différente.

Si on veut les Jeux, il faut que la France et Paris fassent un travail dès maintenant. On doit préparer la génération 2024, il nous faudra ces 8 années pour pouvoir faire de grands sportifs, des champions !

« Il faut que LA FRANCE ET Paris fasseNT un travail dès maintenant »

 

Quelques mots d’ailleurs sur Paris 2024 et sur ton implication au sein du projet ?

La course à l'organisation des Jeux Olympiques - Paralympiques de 2024 a commencé

La course à l’organisation des Jeux Olympiques – Paralympiques de 2024 a commencé

Etant impliqué au titre du Comité des athlètes Paris 2024, j’en pense bien sûr que du bien. Paris 2012 a été un vrai drame pour moi, j’ai pleuré pendant 45 minutes non-stop en Mairie de Paris, parce qu’on a perdu les Jeux, parce que Londres a été meilleur que nous mais ils ont fait ce qu’il fallait et nous n’avons pas fait ce qu’il fallait à ce moment-là. On a oublié le plus important, l’état sportif. On avait fait des études financières, marketing, économiques mais qu’est-ce qu’on faisait de la question de l’état sportif ? Le slogan de Londres, c’était « Inspire new generations », c’est une opportunité énorme et unique pour la France et pour Paris de mettre un coup de lumière sur le sport  et montrer que le sport c’est aussi ça, c’est l’image d’un pays, c’est l’économie. Le « Made In France » peut être encore plus fort grâce aux Jeux. On investit pour la ville, pour le pays entier, on va faire de Paris une ville accessible, agréable au niveau touristique, et donc encore plus attractive. On va améliorer beaucoup de choses grâce aux Jeux Olympiques et Paralympiques, on offre une image et une vitrine extraordinaire de la France. Remettre une vraie lumière sur Paris, remettre Paris au premier plan dans le monde grâce à l’image des Jeux.

Paris 2024 c’est une chance énorme pour le pays de pouvoir rebondir sur le plan économique.

« J’ai pleuré pendant 45 minutes non-stop en Mairie de Paris »

 

Finalement, pour toi sur le plan personnel, quelle sera ta prochaine vie ? Direction Tokyo 2020 pour la dixième médaille Paralympique ?

Tokyo 2020 ou le défi d’une vie ? Peut-être oui, j’avais pensé d’une façon optimiste que 11 médailles étaient possibles, c’était le rêve ou le projet, il faut se mettre des challenges dans la vie de toute façon : pour moi, c’est clair. D’une façon plus réaliste, j’espérais vraiment 2 médailles. 9 médailles, il m’en manque une dixième peut-être oui, c’est vrai.

On verra, j’avais dit que je mettrais un terme à ma carrière en 2017, après les Jeux de Rio. J’avais plus ou moins dit ça après les Jeux de Londres, après 3 Jeux, puis je me suis blessé en 2013 et je me suis dit que je ne pouvais pas m’arrêter comme ça,  je veux maîtriser ma fin de carrière, finir différemment. Je finis en beauté avec cette belle médaille d’argent finalement, maintenant j’ai envie de dire « pourquoi pas ».

J’ai appris à ne jamais dire « jamais », la vie est faite de rebonds, la vie est faite de challenges, d’histoires incroyables, … Après ma blessure au col du fémur en 2013, jamais j’aurais pensé remonter un jour sur un podium paralympique et c’est fait. J’ai plein de choses qui me font dire que tant qu’on peut, pourquoi pas.

« Après ma blessure au col du fémur en 2013, jamais j’aurais pensé remonter un jour sur un podium paralympique et c’est fait. »

 

Je me dis juste que j’ai envie de faire mes adieux au haut niveau d’une belle façon, peut-être cette année aux Championnats de France Elite Handisport et Valide, début mai 2017. Célébrer ma fin de carrière !

Je vais quand même continuer à nager, pour moi et pour mon plaisir, c’est ce que je fais de mieux (dans le sport), nager. Je vais aussi avoir plus de temps pour faire autre chose, j’ai envie de faire un peu de ski de fond, on a un terrain de jeu fantastique en Rhône-Alpes, il faut en profiter. J’ai la chance d’avoir des gens qui me soutiennent et qui m’aident. On verra, on fera le point au fur et à mesure des années.

Je n’ai pas fait le tour du monde, ou presque, mais il y a plein de choses qui me font dire que j’aimerais aller au Japon. Et puis faire 5 Jeux, peut-être être une 5ème fois médaillé, aller chercher une dixième médaille, ce serait juste incroyable.

« Faire 5 Jeux, peut-être être une 5ème fois médaillé, aller chercher une dixième médaille, ce serait juste incroyable. »

 

Porte-drapeau à Tokyo 2020 après 9 médailles paralympiques, un rêve ?

C’est encore autre chose, continuer et se qualifier, ça voudrait dire beaucoup de choses pour le monde sportif. La natation n’a pas été porte-drapeau depuis très longtemps et a pourtant rapporté beaucoup de médailles pour la France. Ce serait évidemment un honneur exceptionnel qu’on me fasse ce plaisir-là. C’est une expérience fantastique et un honneur unique, vraiment unique. Je n’y pense pas parce que ce n’est pas comme ça que ça marche, on est proposés, on ne décide pas le porte-drapeau. C’est sûr que c’est motivant ! Je ne veux pas y penser, ça restera une belle surprise et un beau cadeau, si celui-ci m’est fait… encore faut-il continuer et se qualifier.

« Ce serait évidemment un honneur exceptionnel qu’on me fasse ce plaisir-là. »

 

Que peut-on finalement te souhaiter pour la suite ?

D’abord de savourer cette belle médaille, je vais aller la montrer à de nombreuses personnes dont quelques chirurgiens qui m’ont beaucoup aidé et je veux leur faire ce cadeau-là. D’être en bonne santé, de réussir ma carrière sportive et professionnelle. De prendre beaucoup de plaisir dans ce que je vais faire, et ce que j’entreprends déjà.

« Je vais aller la montrer à (…) quelques chirurgiens qui m’ont beaucoup aidé »

 

Un grand merci à toi David pour cette interview et pour ton soutien à OpenCar. On sait que tu aimes ta ville de Grenoble (bien qu’un procès contre celle-ci est en cours), ton département et ta région, nous sommes donc ravis de pouvoir compter sur toi ! On te souhaite bien évidemment une bonne continuation, je ne doute pas qu’on se recroisera rapidement sur Grenoble et dans les bassins de natation, et peut-être à Tokyo, pour les Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 ! 

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