Vous avez dit humanitaire et amélioration des conditions de vie ? C’est ce que Power:On se propose de faire au Bénin en apportant l’électricité aux personnes qui n’en ont pas. L’équipe OpenCar est parti à la rencontre de Tristan,  fondateur de la société, qui nous a présenté son projet.

 

Bonjour Tristan, vous êtes co-fondateur de Power:On , pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ? 

tristan-louise-big

Tristan, fondateur de Power:On

Bonjour, je m’appelle Tristan, je suis le fondateur de Power:On. Pour me présenter, je dirais que je suis quelqu’un d’engagé, qui veut faire des choses qui ont du sens. J’aimerais avoir un impact positif sur le monde. J’ai aussi toujours pensé qu’en tant que privilégié, ayant eu accès à une éducation de qualité et à des ressources que tout le monde n’a pas, il était important de rendre un peu à la société. Enfin, j’aime les problèmes difficiles, sinon je m’ennuie 🙂

« Je dirais que je suis quelqu’un d’engagé, qui veut faire des choses qui ont du sens »

 

Votre projet vise à fournir de l’électricité dans les villages reculés du Bénin. Comment avez-vous détecté ce besoin ? Connaissiez-vous déjà le terrain ? 

J’ai découvert le Bénin au cours de mes études, à HEC : le campus est un lieu où les cours passent souvent au deuxième plan. Les étudiants peuvent s’engager dans plein d’activités, dont des association humanitaires étudiantes. J’ai donc été le président de l’une d’elle : Action Pour le Bénin, active dans le nord du pays dans les domaines de l’éducation et de la microfinance. C’est d’ailleurs dans ce cadre que j’ai rencontré Louise, ma co-fondatrice aujourd’hui. A l’époque je l’avais embauchée comme salariée de l’association.

Ce n’est que plus tard, en stage, que j’ai découvert le sujet de l’accès à l’électricité. 1,3 milliards de personnes vivent sans électricité aujourd’hui. Ca m’avait semblé incroyable, et c’est toujours le cas. Après mon diplôme en 2012, j’ai décidé de me lancer car c’est vraiment un projet en adéquation avec mes convictions. J’ai écrit un manifeste sur le site qui tente de le refléter. Je suis naturellement retourné au Bénin, et Louise a adoré le projet et m’a rejoint !

 

Pouvez-vous nous donner quelques chiffres sur les besoins sur place ? 

Au Bénin, on a deux problèmes fondamentaux en ce qui concerne l’électricité.

1 : le réseau électrique ne va pas partout. Dans les zones rurales, plus de 90% de la population n’a pas accès à l’électricité.

2 : Même dans les zones connectées au réseau électrique, les coupures sont quotidiennes. Il n’y a pas assez de centrales pour répondre à la demande, et le pays dépend beaucoup des importations des pays voisins.

Cela crée une grande exaspération dans la population. C’est un des sujets qui revient le plus souvent au cours des élections : les gens veulent l’électricité !

De plus, les gens qui en sont privés à 100%, dans les zones rurales, connaissent tous quelqu’un (famille, amis, etc) qui habite à la ville et qui a l’électricité. Ils savent donc parfaitement ce que c’est, et ne comprennent pas pourquoi l’État n’est pas capable de leur fournir.

« Dans les zones rurales, plus de 90% de la population n’a pas accès à l’électricité »

 

Quels sont les réels besoins sur place (pouvoir conserver des aliments? Pouvoir s’éclairer? Accéder à l’information?) ? 

C’est à peu près ça oui ! On peut faire 3 grandes catégories :

– Besoins domestiques, qui relèvent du confort moderne dont on profite tous sans plus y penser. Tu l’as dit : lumière, accès à l’information, conservation des aliments. On pourrait même parler de chauffage et surtout de cuisine, mais là l’électricité n’est pas forcément la meilleure réponse.

– Besoins économiques : utiliser l’électricité pour faire fonctionner des machines, des petits business. Moulins à céréales, frigos et congélateurs pour la restauration, postes de soudure, appareils électriques divers (pour les salons de coiffure, machines à coudre et à broder)…. Bref plein de choses !

– Besoins liés aux services publics : éclairage public, alimentation électrique des écoles, des cliniques rurales, des pompes à eau, éclairage public, etc.

 

Quelle est l’offre de Power:On

On opère dans des villages qui sont situés très loin des réseaux électrique nationaux, et qui ont donc très peu de chance d’avoir l’électricité à court ou moyen terme. Ce sont donc des villages très isolés, et il faut tout faire de A à Z.

Accès pour tous / Installation gratuite

Accès pour tous / Installation gratuite

Concrètement, on construit une petite centrale électrique, dimensionnée sur mesure selon les besoins du village, et on construit notre propre réseau électrique pour brancher tous ceux qui le demandent. Au final, on obtient un mini-réseau local et indépendant qui permet de répondre aux trois grandes familles de besoins évoquées plus haut.

On s’adresse évidemment à des gens qui font partie des populations les plus pauvres de la planète, donc voici comment on offre nos services :

– Le branchement au réseau est gratuit pour tout le monde. Les clients ne payent ni le compteur, ni l’installation de la ligne (qui peut coûter plusieurs centaines d’euros quand il s’agit d’une connexion au réseau national par le fournisseur national d’électricité, l’EDF Béninois)

– Les gens ne payent que l’électricité qu’ils consomment

Le prix de nos services est notre argument le plus important pour convaincre les gens d’acheter l’électricité. Pour rendre les avantages de notre solutions évidents, nous vendons des forfaits pré-payés, que les gens peuvent facilement comparer avec ce qu’ils achetaient auparavant pour satisfaire leurs besoins énergétiques. Ils n’avaient en effet pas l’électricité chez eux, mais ils achetaient quand même des piles électriques, du kérosène pour les lampes à pétroles, des bougies, de l’essence pour les petits groupe électrogènes, etc. Tout ça coûte très cher : 30% du budget des ménages y passe dans les zones rurales ! Ce qui est énorme. En France, ces dépenses ne représentent plus que 5% !!

Pour donner un exemple, avant notre arrivée, charger un téléphone coûtait 0,30€ (200 FCFA) à Igbérè. Aujourd’hui, on peut avoir 5 heures de lumière ET une charge de téléphone pour moins de 0,15€ (90 FCFA). Nous vendons des forfaits prépayés pour tous les usages (réfrigérateurs, télévision, etc), notamment pour permettre aux entrepreneurs locaux de développer des entreprises et d’amorcer un développement économique et de lutter contre la pauvreté. C’est notre objectif final : créer les conditions du développement grâce à l’électricité.

Tout cela fonctionne avec des compteurs intelligents spécialement conçus pour ce type de villages. Les forfaits sont débloqués en envoyant un simple SMS.

« L’objectif final DE POWER:ON : créer les conditions du développement grâce à l’électricité »

 

Où en êtes-vous actuellement ?

Il y a pile un an, nous avons apporté l’électricité à 3000 personnes dans un premier village au Bénin. Les familles, entreprises et services familles ont donc accès à l’électricité depuis un an.

Tristan avec une famille béninoise regardant la télé, soirées élections

Tristan avec une famille béninoise regardant la télé

Il s’agit pour nous d’un projet pilote, pour démontrer qu’il est possible d’apporter l’électricité aux habitants les plus pauvres de la planète de façon durable et rentable. Nous sommes en bonne voie car notre premier réseau a atteint le point mort opérationnel depuis le départ : les ventes d’électricité couvrent tous les frais de fonctionnement (carburant, maintenance, salaire de l’employé local, etc).

Nous ne remboursons pas encore les investissements, mais c’est déjà une grande victoire car nous ne sommes qu’à la version 1 du projet Power:On : on ne fonctionne aujourd’hui que 5 heures par jour, de 19h à minuit, avec un réseau qui est alimenté en électricité par un groupe électrogène. Tout a été financé par ma famille et des amis, donc nous n’avons pas eu les moyens de construire directement une centrale solaire. On a donc encore beaucoup de marge pour faire mieux !

« Démontrer qu’il est possible d’apporter l’électricité aux habitants les plus pauvres de la planète de façon durable et rentable. »

 

Notre version 2 de Power:On sera une mini-centrale photovoltaïque, couplée à des batteries et à un groupe électrogène en solution de secours. Nous produirons alors une électricité plus propre mais aussi moins chère et disponible 24h/24. C’est à ce moment là qu’on deviendra vraiment rentable.

Cette question économique est importante, car on est dans un monde où c’est comme ça que les choses changent vraiment. On peut le déplorer, mais les gens ne mettent vraiment de l’argent que lorsque c’est intéressant économiquement. Cela fait des décennies que les ONGs tentent de régler le problème, et on voit bien qu’elle n’y arrivent pas : c’est trop grand, il y a trop de besoins.

Mais si on arrive à convaincre au-delà des gens qui sont prêt à investir de manière désintéressée, alors j’en suis certain : le problème de l’accès à l’électricité se règlera très vite.

J’ai écrit un post en anglais à ce sujet. Ce pari explique notamment pourquoi Power:On est une startup, et non une ONG.

 

Quelles sont les perspectives d’évolution de Power:On ? 

Comme je l’ai dit, l’ambition est de démontrer que nous avons développé une solution qui peut régler le problème de l’accès à l’électricité pour 1,3 milliards de personnes de façon durable et rentable.

Mosquée d'Igbérè

Mosquée d’Igbérè

Dans l’immédiat, cela implique de passer à l’énergie solaire hybride dans le premier village pour achever la démonstration. Pour y arriver, on se tournera vers le financement participatif, qui est une bonne solution pour passer cette étape de transition. On lancera la campagne quand on aura atteint 20.000 inscrits sur notre site (on est 2000 aujourd’hui).

Pour des raisons pratiques, nous nous étendrons ensuite dans tout le Bénin, où 200 villages n’ont aucune chance d’être raccordés un jour au réseau électrique national. Ce sont donc chez eux que nous irons installer de nouveaux réseaux et centrales. Les villages voisins d’Igbérè sont d’ailleurs déjà jaloux, et nous attendent avec impatience, ce qui est pour nous une excellente nouvelle !

« 200 villages n’ont aucune chance d’être raccordés un jour au réseau électrique national. »

 

A terme, nous avons vocation à aller partout. Sur les 1,3 milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à l’électricité, 630 millions vivent en Afrique sub-saharienne.

« Sur les 1,3 milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à l’électricité, 630 millions vivent en Afrique sub-saharienne »

 

Un petit mot de la fin.. que peut-on vous souhaiter pour la suite ? 

Pour conclure, j’aimerais appeler tout ceux qui sont motivés par notre mission à aller s’inscrire sur notre site : www.pwr-on.fr/fr

C’est vraiment très important car sans soutien, on ne pourra pas continuer. Cela fait déjà 4 ans que je suis à 100% sur cette mission, sans salaire. Je le fais car j’y crois vraiment, mais on est arrivée à une étape charnière et on a besoin de monde pour nous soutenir.

Il suffit donc de s’inscrire avec un email, c’est gratuit ! Et parlez-en à vos amis, c’est comme ça qu’on touchera un maximum de monde 🙂

On a même mis en place un système avec des récompenses sympas pour ceux qui nous font connaître 🙂

lampadaire-crepuscule

 

Retrouvez Power:On sur :

  • Site web : http://www.pwr-on.fr/fr
  • Facebook : https://www.facebook.com/pwr.on/?fref=ts
email
Rating: 5.0. From 2 votes.
Please wait...