Deuxième épisode de notre série : l’interview inversée ! Aujourd’hui, c’est We Demain, « une revue pour changer d’époque » qui répond à nos questions.

1 ) Bonjour Antoine, merci de répondre à nos questions et de faire découvrir We Demain à nos lecteurs. Pouvez-vous rapidement vous présenter personnellement et présenter We Demain ?

Antoine Lannuzel, rédacteur en chef de We Demain

Antoine Lannuzel, rédacteur en chef de We Demain

J’ai un parcours assez récent dans la presse, j’ai 30 ans, je suis rédacteur en chef (adjoint, auparavant) et je collabore au quotidien avec de nombreux journalistes. On travaille avec des freelances, des journalistes, et des photographes… On fait partie des nouveaux modèles de presse, avec de petites structures, des modèles que l’on peut décrire comme « souples et légers ».

 

 

François SIEGEL, fondateur de We Demain

François SIEGEL, fondateur de We Demain

We Demain a été fondé par François Siegel. Il a une longue histoire dans la presse : son père avait fondé Europe 1 à l’époque, puis VSD en pleines Trente Glorieuses. Puis, François, avec son frère Jean-Dominique, a repris le magazine dans les années 1980. Ils l’ont ensuite cédé et lancé le Monde 2, le magazine mensuel du Monde à l’époque. Ils ont finalement créé leur groupe de presse dont fait partie We Demain, qui est sorti en 2012.

 

L’idée est née après la crise financière de 2008, en partant du principe qu’il y a beaucoup de modèles à reconstruire. On vit une prise de conscience brutale du fait que les modèles ne sont pas adaptés au monde de demain. We Demain arrive pour questionner de nouveaux modèles, dans tous les domaines de la vie, de l’économie, du numérique, de la santé, de la technologie, de la biotechnologie et bien évidemment la question environnementale qu’on ne peut maintenant plus éluder.

« L’idée de We Demain est de sentir le nouveau tempo de l’époque et de l’accompagner »

 

On raconte cela à travers des expériences, des initiatives, en France et partout dans le monde, qui redessinent des modèles de société dans lesquels on vit.

 

2 ) Vous présentez, à travers We Demain, beaucoup d’initiatives ou de concepts sociaux et/ou environnementaux. Comment les trouvez-vous et les choisissez-vous ?

On est des journalistes : notre métier est de raconter des histoires, soit qu’on ne trouve pas ailleurs soit sous des angles nouveaux, parce qu’à une époque où il y a beaucoup de choses qui tournent en boucle sur Internet, on lit beaucoup de fois la même chose à beaucoup d’endroits différents. On essaye d’apporter cette plus-value, c’est la première chose.

Ensuite, on parle du monde avec un angle particulier, grosso modo la recherche de solutions et de nouveaux modèles, mais à 360°, en parlant de tous les secteurs de la vie. On chercher à varier les thématiques, à provoquer la surprise, à fouiller en permanence pour être sur la « crête du changement». Pour cela, on navigue beaucoup sur les réseaux sociaux et sur les médias étrangers, parce que ces changements économiques, technologiques et sociaux sont mondiaux. On est notamment sur les médias anglo-saxons, allemands… Il y a beaucoup de choses qui sont écrites à l’étranger mais qui ne sont pas dans les radars des médias français.

« Il y a beaucoup de choses qui sont écrites à l’étranger mais qui ne sont pas dans les radars des médias français »

 

3 ) Comment voyez-vous l’économie actuelle et comment la voyez-vous évoluer depuis la création de We Demain en 2012 ?

On reste dans une économie qui est bourrée d’inégalités, d’inepties, de redistributions de profits qui ne sont pas égalitaires et c’est un euphémisme, d’accaparement et de sur-exploitation des ressources… L’économie actuelle, « elle est ce qu’elle est »… mais en même temps, il y a des signaux d’évolution, une volonté de changement et ensuite des réalisations qui commencent à vivre véritablement.

La revue trimestrielle WeDemain

La revue trimestrielle We Demain

Vous parliez de l’ESS, en 5 ans (depuis la création de We Demain), il s’est passé énormément de choses à ce sujet qui apparait désormais dans la loi et qui génère aujourd’hui un dizième du PIB, il y a des débats qui émergent. Puis il y a la notion de protection de l’environnement qu’on ne peut plus éluder. Il y a tout ce qui se fait au bas de l’échelle évidemment, ce qu’on peut associer à l’empowerment et à la reprise en main citoyenne par les associations ou les start-up, mais il y a aussi les super-structures.

Par exemple, certains des principaux fonds d’investissements mondiaux sont en train de désinvestir de l’économie fossile pour aller vers l’économie verte parce qu’ils savent que c’est l’avenir. On voit donc de grands paradigmes changer, mais ça ne change pas encore la face de l’économie actuelle qui est encore extrêmement imparfaite et non-adaptée.

« Les principaux fonds d’investissements aujourd’hui dans le monde sont entrain de désinvestir de l’économie fossile »

 

4 ) Comment ce mouvement social et solidaire pourrait-il aller encore plus loin ?

Par le bas ! Il suffit de voir le volontarisme dans certaines petites communes de France et les effets que ça peut avoir. On a une liste des communes aujourd’hui, petites ou plus grandes, qui ont mis au point des solutions et qui ont réussi à faire leur transition écologique, à créer de l’emploi ou globalement à faire en sorte que le vivre ensemble dans ces lieux-là soit amélioré.

Aujourd’hui, on sait que ça fonctionne, il y a des recettes qui marchent pour le bas de la pyramide. Même si les choses tendent s’horizontaliser, on vit encore dans un système très pyramidal. Alors ça nécessite aussi une prise en compte au plus haut niveau. Nous sommes très attentifs à ce qui se dit dans les débats pour la Présidentielle de 2017. On se rend compte que malheureusement, on n’y est pas du tout. Si on regarde la primaire de droite (parce que c’est l’actualité), pour l’instant on ne voit pas arriver l’idée que nous vivons dans un monde qui n’est plus le même et qu’il faut porter des solutions qui ne sont plus les mêmes.

« On a une liste des communes aujourd’hui […] qui ont mis au point des solutions et qui ont réussi à faire leur transition écologique, à créer de l’emploi ou globalement à faire en sorte que le vivre ensemble dans ces lieux-là soit amélioré. »

 

5 ) Quel est votre impact sur la politique actuelle ?

We Demain n’est pas un média militant mais c’est un média engagé. Le but est de faire ouvrir les yeux sur le monde qui change, y compris aux gens qui sont dans les sphères dirigeantes de la société. On sait qu’on est lu dans ces cercles-là. Nous avons eu des retours et c’est souvent bien reçu, mais la mise en application des nouveaux modèles qu’on raconte se fait souvent attendre !

On apporte une autre vision, mais avec humilité : nous sommes des observateurs et non des prescripteurs. Il suffit d’observer pour se rendre compte qu’il y a un certain nombre de stratégies qui doivent changer, et qu’il y a un beaucoup d’alternatives qui sont en cours dans le monde et qui fonctionnent. On raconte cela, on reste à notre niveau de journalistes, et si on peut interpeller, nous le faisons.

Antoine Lannuzel, rédacteur en chef de We Demain, sur BFM TV

Antoine Lannuzel, rédacteur en chef de We Demain, sur BFM TV

Ce n’est pas évident d’interpeller, la parole est monopolisée par un assez petit nombre d’acteurs à l’échelle des médias et de la société, donc nous on essaye de mettre petit à petit notre grain de sel. On essaye d’avoir des relais dans des médias plus importants que nous, dans les télés, dans les radios, …

 

« Il suffit d’observer pour se rendre compte qu’il y a un certain nombre de choses qui doivent changer, et qu’il y a un certain nombre d’actions qui sont en cours dans le monde et qui fonctionnent. »

 

 

6 ) Pouvez-vous nous citer quelques-uns de vos articles qui vous ont particulièrement marqué ?

Il y a des choses qui mériteraient d’être davantage sues, comme quand on parle de transition énergétique. Par exemple, si on prend un pays comme l’Allemagne, le débat est souvent tronqué. On dit « oui, ils ont arrêté le nucléaire, maintenant ils utilisent le charbon ».

Certes, ils utilisent du charbon, mais parallèlement, la part d’énergies renouvelables, puisque c’est un des points fondamentaux de la société qui vient, est autour d’un tiers. C’est beaucoup plus qu’en France : on est à moins de 12 %. Les Allemands sont notamment arrivés à cela en permettant la prise en main de l’énergie par le citoyen à l’échelle individuelle. Sur les 32-33% d’énergie renouvelable, la moitié est entre les mains des particuliers, sous forme de coopératives énergétiques.

C’est une réalité économique, c’est une transition en cours qui est très avant-gardiste à l’échelle de l’Europe. Des choses comme cela ne sont pas suffisamment sues. Personne ne pourra contredire le fait que cette prise en main à l’échelle individuelle fonctionne.

« Ils sont […] arrivés à cela en permettant la prise en main par le citoyen à l’échelle individuelle. »

 

7 ) Que pensez-vous des médias actuels plus généralistes ?

Faire un média, c’est choisir. Et choisir c’est renoncer : chacun met la lumière sur quelques points donc la plupart des choses restent non évoquées. Le problème, c’est que les choix qui sont faits aujourd’hui par les médias de masse sont trop souvent sur le même tempo politico-médiatique, qui ronronne et ne fait pas avancer les choses. On est plus sur les enjeux de personnes que sur des enjeux de société.

Le rôle des dirigeants politiques qui briguent la présidence, c’est quand même de préparer et de préparer des modèles pour la société de demain. Nous n’avons pas l’impression que ce soit le cas aujourd’hui. Ce problème-là est entretenu par les médias qui, trop souvent, ne contribuent pas à élever le débat. Ils sont pris dans une mécanique où, aujourd’hui, il y a les réseaux sociaux, le jeu de la petite phrase ; c’est une tentation permanente donc c’est assez difficile.

Pour parler des vrais enjeux médiatiquement, il faut de la volonté. Nous avons plus de facilités à le faire puisque nous sommes trimestriels, nous ne sommes pas dans le flux permanent. Pour autant, on trouve beaucoup de choses intéressantes dans  les médias. On voit la partie émergée de l’iceberg avec les invités politiques du matin sur toutes les radios, mais si on regarde un peu, il y a énormément de choses intéressantes qui se disent dans les médias.

« Ils sont pris dans une mécanique où, aujourd’hui, il y a les réseaux sociaux, le jeu de la petite phrase. »

 

8 ) Pour finir, un petit mot sur OpenCar (article à retrouver par ici)

OpenCar participe à un mouvement global. Ce qui est intéressant dans ce modèle, c’est le fait que les réseaux locaux puissent exister à côté des acteurs monopolistiques. Ce qu’on a vu émerger il y a cinq ans et qu’on a appelé la vague de l’économie du partage, a vu se créer quelques géants comme BlaBlaCar. Cela pose des questions sur un modèle uniforme et centralisé. Il est intéressant de continuer à chercher, dans tous les aspects de la vie future (le covoiturage en fait partie), à diversifier les modèles et les acteurs.

 

9 ) Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?

Déjà, de continuer à exister parce que ce n’est pas toujours évident dans le paysage médiatique. Tous les modèles économiques des journaux sont aujourd’hui remis en cause, la fin du papier qui entraîne les médias vers Internet. Mais, il est très difficile de faire payer les lecteurs sur Internet.

Alors il faut se diversifier. Et nous le faisons. We Demain n’a pas vocation à être qu’une revue trimestrielle. On est en train de monter un certain nombre de projets, des événements. On réfléchit à des concepts d’émission de télévision, nous sommes actuellement en discussion avec différents acteurs du secteur pour faire cela. Ce qu’on essaye de faire, c’est d’insuffler autant que possible, dans débat public, l’idée que nous vivons une transition inédite… à laquelle il faut s’adapter.

« Nous vivons une transition inédite à laquelle il faut s’adapter »

 

Nous tenions à remercier l’équipe de We Demain pour cette interview, et à leur souhaiter bonne continuation dans ce projet d’ampleur qui a fêté cette année ses 4 ans d’existence.

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